VIII – Washed Up

Denis Macrez & Marguerite Piard

Exposition du 13 au 28 mai 2022

” Les entités de Denis Macrez (sculpteur) et de Marguerite Piard (peintre) sont tournées vers l’intérieur. Si cela leur était permis, elles rentreraient tout entières dans leur propre corps, serait-il aussi profond que la zone hadale. Plonger au cœur de l’être, aller au « plus profond », comme le suggère l’étymologie latine du superlatif d’interior, intimus, relève d’une descente qui n’en finit pas de finir. En cela, le dispositif correspond à l’antithéâtralité théorisée par Michael Fried, en un mot, l’oubli du spectateur. L’image primitive de cette maison construite par le corps, prenant sa forme à partir du dedans, est celle de la coquille, dans laquelle l’être aime à se retirer. Cette esthétique de l’introspection se traduit, chez l’un comme chez l’autre artiste, par un recours à une forme de langueur, dans l’objet ou le sujet. Dès l’origine de la Chrétienté, l’Église catholique place l’ancêtre de la langueur, l’acédie, au rang de péché capital, arguant du caractère « malade » de ce qui relève de la mollesse, opposée à l’action, qui, elle, est au contraire clairement visible et raisonnable. Une passion lente anime les formes, celle qui, selon cette dichotomie classique, est associée au féminin, aux courbes émoussées et au rêve. Chez les deux artistes, les corps sont fatigués, au repos, dans une cessation de tout mouvement qui dénarrativise la scène tout en donnant accès à un espace-temps d’ordinaire immergé. They are washed up. C’est-à-dire échoué•e•s mais aussi lavé•e•s, lessivé•e•s, érodé•e•s par l’eau. Et de l’eau, les pièces conservent, non seulement une imagerie visuelle et symbolique (conques, galets, animaux marins), mais encore un principe plastique et archaïque de fluide traversant les corps et les époques et modifiant l’être sur la durée. Sous une peau tendue sur un thorax, à travers un débardeur collé au torse, quelque chose bouge qu’il s’agit d’atteindre comme un rivage imaginaire. Peut-être un léger mouvement anadyomène, un rythme de flux et de reflux qui est aussi celui de la dilatation et de la contraction du cœur qui s’épuise.”

Elora Weill-Engerer

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