X – Cousinade

Artistes et designers exposé.e.s : Audrey Ballacchino, Amélie Bigard, Maison Edmond Petit, Clément Garcia, Charles Hascoët, Arthur Hoffner, Samantha Kerdine, Rosanna Lefeuvre, Raphaël-Bachir Osman, Hervé Priou, Solène Rigou, Ulysse Sauvage, Eloi Schultz, Norma Trif, Mathilde Vieille-Grisard, Quentin Vuong.


Existe-t-il un souvenir plus universel que celui du repas de famille ?
Famille proche, éloignée ou choisie … Autant de groupes et de prétextes à se réunir autour d’un ballet de plats, dont on connaît souvent par cœur la chorégraphie.
Du doux malaise de l’adolescent.e un peu gauche, encore assis.e avec les enfants, au travail humble et fastidieux d’une grand-mère qui a fait mijoter plusieurs heures le plat des grands jours sans jamais remettre en question la recette ; l’excitation palpable autour d’une célébration est un marqueur du temps qui passe (trop vite) et un rappel de ce qui mérite d’être chéri.

Ces souvenirs sont en creux et en pleins, comme les estomacs avant et après le banquet.

Sans évoquer les absent.e.s qui parfois s’invitent à table, les moments de silence quand un secret pèse lourd ou la gravité du dessert que l’on déguste avec une gourmandise solennelle. Des odeurs, des goûts, des gestes inlassablement répétés, les couteaux et les cuillères à droite, les serviettes brodées et les verres en cristal qu’il ne faut pas casser… Ce qu’on en retient a quelque chose d’insaisissable, fait de tous ces petits détails qui manqueraient si on les retirait.

« Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir. »
– Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Paris, Grasset, 1913